Né à Paris en 1991 et de nationalité Française. Vit et travaille à Aubervilliers (Région parisienne).
Démarche artistique
La peinture de Romain Zamet ne cherche pas à illustrer un paysage ou un portrait. À travers un jeu de superpositions, elle explore les tensions entre l’humain et les espaces qu’il traverse, exprimées par des liens invisibles — émotions, histoire, traumatismes, récits de voyage. Pensée comme une pause au milieu d'une marche, sa peinture devient un espace de ralentissement et d'érosion. Le décor devient ainsi un espace de découverte et de réinterprétation de ce qui ne se voit pas au premier regard, porteur d'une résilience du territoire face à notre mémoire collective et individuelle.
Des formes oubliées ou effacées y résistent, comme imprégnées. À travers cette halte, les notions de frontière et de seuil restent pourtant bien visibles. La scène dépeinte n'est plus un lieu fixe, mais une trajectoire mentale en mouvement : un chemin habité par un ensemble de présences, de nostalgies et de promesses. Ce travail fait écho à la géopoétique de Kenneth White, qui fusionne l'esprit et l'environnement. Ici, le motif figuratif dessine une topophilie inversée — où l'attachement viscéral à un lieu ne relève plus du refuge, mais d'un espace de questionnement. La figure humaine devient une présence perturbatrice, une anomalie visuelle. Presque invisible, cachée dans les herbes ou les branchages, cette entité semble flotter entre plusieurs dimensions. Elle incarne des réminiscences — visages quittés, amours interrompus, enfances non vécues — mais aussi des événements tus comme le conflit, le déracinement ou l'exil. Entre nature et artifice, ce territoire se transforme en une archive involontaire où ce qui a été délaissé continue de nous hanter.
Par cette dualité entre l'éphémère et le persistant, l’artiste bouscule notre rapport au temps. Son travail, basé sur des sources multiples, traduit ce trouble par une pratique en strates : aux premières couches spontanées d’acrylique succède un jeu de soustraction à l’huile. En creusant la peinture fraîche, son geste ouvre dans la matière des sillons d'apparence organique. La toile devient alors une surface de résurgence dans laquelle réapparaissent les traces rémanentes et fictives de ce qui a été abandonné lors de notre passage.
Born in Paris in 1991. Lives and works in Aubervilliers (Paris region).
Artistic approach
Romain Zamet’s painting does not seek to illustrate a landscape or a portrait. Through an interplay of layering, it explores the tensions between humans and the spaces they traverse, expressed through invisible bonds — emotions, history, traumas, and travelogues. Conceived as a pause in the middle of a walk, his painting becomes a space of slowing down and erosion. The setting thus becomes a space for discovering and reinterpreting what is not visible at first glance, carrying a resilience of the territory in the face of our collective and individual memory.
Forgotten or erased forms resist there, as if embedded. Through this halt, the notions of border and threshold nevertheless remain clearly visible. The depicted scene is no longer a fixed place, but a mental trajectory in motion: a path inhabited by a constellation of presences, nostalgias, and promises. This work echoes Kenneth White’s geopoetics, which fuses mind and environment. Here, the figurative motif draws an inverted topophilia — where a visceral attachment to a place no longer offers refuge, but rather a space of questioning. The human figure becomes a disruptive presence, a visual anomaly. Almost invisible, hidden in grasses or branches, this entity seems to float between several dimensions. It embodies reminiscences — forsaken faces, interrupted loves, unlived childhoods — but also silenced events such as conflict, uprooting, or exile. Between nature and artifice, this territory transforms into an involuntary archive where that which has been abandoned continues to haunt us.
Through this duality between the ephemeral and the persistent, the artist disrupts our relationship with time. His work, drawing from multiple sources, translates this unsettling feeling through a practice of stratifications: the initial, spontaneous layers of acrylic are succeeded by a process of oil-based subtraction. By scraping into the fresh paint, his gesture carves organic-looking furrows into the material. The canvas thus becomes a surface of resurgence, in which the residual and fictitious traces of what was left behind during our passage reappear.
Textes critiques
Texte de Lorry Besana, Mars 2025 - Résidence de l'H du Siège, Valenciennes (59)
« Ce qu’il reste des braises »
La peinture de Romain Zamet se caractérise par une atmosphère d’errance. Les scènes représentées apparaissent comme des "nœuds" - des points de rencontre entre différentes réalités - qui ouvrent des espaces d’interprétation et de résilience.
Par une approche sensible, presque tactile, l’artiste construit des images insaisissables, prêtes à se dérober sous nos yeux. Privées de repères temporels, elles révèlent des paradoxes figés par une palette de couleurs saturée et expressive. Les tonalités de rouge nous retiennent et finissent par s’évanouir, révélant des touches de vermillon, d’orange et d’ocre qui guident la lecture par leurs contrastes dynamiques.
À mesure que les regardeur.se.s se rapprochent, la structure des paysages se dissipe. L’absence systématique des lignes d’horizon dévoile toute l’ambiguïté du geste pictural. De cette manière, l’artiste veille à maintenir une sensation d’entre-deux, dans laquelle différentes strates de perception se croisent entre l’action et la contemplation.
Ces scènes, situées à la lisière du réel, sont traitées comme des souvenirs altérés par le temps. Elles deviennent des champs de projection émotionnelle - où la passion exacerbée des peintres romantiques a pris racine. Certaines pièces, comme Homme noir debout ou encore Le fossoyeur, s’avèrent être de véritables archives vivantes. Elles sont habitées par des restes d’artefacts et quelques présences humaines, dont les corps se confondent avec les chemins qu’ils semblent emprunter.
Une interrogation, inspirée par la pensée de Paul Ricoeur, traverse le travail de l’artiste : De quoi - et pour qui - fait-on mémoire ? Refusant d’y apporter une réponse fixe, Romain Zamet explore les contradictions du souvenir pour inscrire son approche dans une tension non résolue.
Dans la série « (Faites) que les braises tiennent », la figure du terril devient un point d’ancrage pour interroger notre rapport à l’espace et au temps. Ces reliefs artificiels - amas de déchets minéraux, dont le coeur encore chaud accueille une végétation singulière - incarnent une mémoire ambivalente : ils rappellent les fractures socio-économiques, la souffrance des travailleurs et se positionnent comme des marqueurs identitaires du territoire.
Romain Zamet déploie des gestes amples, des mouvements larges pour mettre en exergue ces reliefs observés. Entre effacement et intensité, les ravines dialoguent avec des teintes violines, rougeoyantes de la végétation hivernale, mordues par la vivacité de quelques lignes bleutées. Sa touche, résolument rugueuse, laisse transparaître des lignes chaotiques ponctuées de crêtes et de creux. L’artiste y matérialise toute la charge ambiguë des terrils, à la fois objets d’exploitation et sujets de contemplation.
Par leur présence, ces crassiers deviennent alors des objets géopoétiques : des points de relecture du paysage, qui seraient en capacité de recréer de nouveaux récits. Ils matérialisent les tensions entre la mémoire et l’oubli, des vecteurs de résilience qui façonnent nos identités collectives.
Bien qu’elle demeure un obstacle à cette dynamique de résilience - à la fois sur les plans physique et symbolique - La figure du terril apparaît comme une cicatrice collective, un vestige que l’on tente de sublimer, de raconter. Ces paysages, dont l’équilibre repose sur une interaction constante entre l’humain et son territoire, mettent en lumière un lien évident entre nos modes de vie et l’environnement, à l’instar du travail photographique d’Ursula Schulz-Dornburg. L’intervention humaine se place comme une composante à part entière de ces écosystèmes, en perpétuelle évolution.
Par son approche, Romain Zamet cherche à se saisir de l’incertitude pour raconter les traces déposées dans le réel. Il nous invite, quelques instants, à déambuler sur des sentiers qui naissent d’interactions complexes et ouvre une réflexion sur la résilience sous toutes ses formes - qu’elle soit individuelle, collective ou naturelle.