Né à Paris en 1991 et de nationalité Française. Vit et travaille à Aubervilliers (Région parisienne).
Démarche artistique
Dans sa pratique, Romain Zamet développe un langage où la peinture devient une métaphore des identités humaines. Son travail s’articule autour de champs colorés héritiers de l’abstraction — de Mark Rothko à Nicolas de Staël — qu’il déplace vers une imagerie intérieure : non plus l’expression d’un drame universel, mais l’élaboration d'individualités sous la forme de « figurations abstraites ». À travers ses recherches récentes, par un jeu de lignes et d’effacements, l’artiste compose des « Entités » d'où émergent les mouvements instables de l’expérience humaine. S’y déploie un ensemble polysémique où se déposent, par accumulation et soustraction, des tensions, des cicatrices et des résistances. Ces formes apparaissent alors tantôt contrôlées et artificielles, tantôt aléatoires, presque naturelles.
Ces sillons verticaux évoquent des formes organiques, végétales, où des paysages imaginaires s'installent entre croissance et combustion. La surface picturale devient un territoire traversé par des forces contradictoires où destruction et fertilité coexistent. Chaque toile fonctionne comme une entité autonome, mais aussi comme un fragment de paysage mental : une géographie intérieure où se rejouent par le travail de la matière, disparitions, dominations, mutations et réapparitions, affirmant une résilience silencieuse. Cette dimension géopoétique — au sens d’un espace où psyché et territoire se confondent, à la lisière des réflexions de Kenneth White — inscrit la peinture dans une cartographie sensible faite de seuils, de passages, de transformations, de mémoire et de réappropriation.
Entre fixité et mouvement, le travail de Romain Zamet explore une esthétique du paradoxe. Ses toiles, où l’image alterne entre apparition et effacement, reflètent la métamorphose perpétuelle de nos sociétés. Cette tension, entre permanence et rupture, entre réel et imagé, révèle une lecture sensible du monde contemporain : un espace de recherche où l'intime et le collectif se rejoignent dans une quête de naturel.
Born in Paris in 1991, French. Lives and works in Aubervilliers (Paris region).
Artistic approach
In his practice, Romain Zamet develops a language in which painting becomes a metaphor for human identities. His work revolves around colour fields inherited from abstraction—from Mark Rothko to Nicolas de Staël—which he shifts towards an interior imagery: no longer the expression of a universal drama, but the elaboration of individualities in the form of “abstract figurations”. Through his recent research, using a play of lines and erasures, the artist composes “Entities” from which the unstable movements of human experience emerge. A polysemic ensemble unfolds, where tensions, scars and resistances are deposited through accumulation and subtraction. These forms appear sometimes controlled and artificial, sometimes random, almost natural.
These vertical grooves evoke organic, plant-like forms, where imaginary landscapes settle between growth and combustion. The pictorial surface becomes a territory traversed by contradictory forces where destruction and fertility coexist. Each canvas functions as an autonomous entity, but also as a fragment of a mental landscape: an interior geography where disappearances, dominations, mutations and reappearances are replayed through the work of the material, affirming a silent resilience. This geopoetic dimension—in the sense of a space where psyche and territory merge, on the edge of Kenneth White's reflections—inscribes painting in a sensitive cartography made up of thresholds, passages, transformations, memory, and reappropriation.
Between fixity and movement, Romain Zamet's work explores an aesthetic of paradox. His canvases, where images alternate between appearing and disappearing, reflect the perpetual metamorphosis of our societies. This tension between permanence and rupture, between reality and imagery, reveals a sensitive interpretation of the contemporary world: a space for exploration where the intimate and the collective come together in a quest for naturalness.
Textes critiques
Texte de Lorry Besana, Mars 2025 - Résidence de l'H du Siège, Valenciennes (59)
« Ce qu’il reste des braises »
La peinture de Romain Zamet se caractérise par une atmosphère d’errance. Les scènes représentées apparaissent comme des "nœuds" - des points de rencontre entre différentes réalités - qui ouvrent des espaces d’interprétation et de résilience.
Par une approche sensible, presque tactile, l’artiste construit des images insaisissables, prêtes à se dérober sous nos yeux. Privées de repères temporels, elles révèlent des paradoxes figés par une palette de couleurs saturée et expressive. Les tonalités de rouge nous retiennent et finissent par s’évanouir, révélant des touches de vermillon, d’orange et d’ocre qui guident la lecture par leurs contrastes dynamiques.
À mesure que les regardeur.se.s se rapprochent, la structure des paysages se dissipe. L’absence systématique des lignes d’horizon dévoile toute l’ambiguïté du geste pictural. De cette manière, l’artiste veille à maintenir une sensation d’entre-deux, dans laquelle différentes strates de perception se croisent entre l’action et la contemplation.
Ces scènes, situées à la lisière du réel, sont traitées comme des souvenirs altérés par le temps. Elles deviennent des champs de projection émotionnelle - où la passion exacerbée des peintres romantiques a pris racine. Certaines pièces, comme Homme noir debout ou encore Le fossoyeur, s’avèrent être de véritables archives vivantes. Elles sont habitées par des restes d’artefacts et quelques présences humaines, dont les corps se confondent avec les chemins qu’ils semblent emprunter.
Une interrogation, inspirée par la pensée de Paul Ricoeur, traverse le travail de l’artiste : De quoi - et pour qui - fait-on mémoire ? Refusant d’y apporter une réponse fixe, Romain Zamet explore les contradictions du souvenir pour inscrire son approche dans une tension non résolue.
Dans la série « (Faites) que les braises tiennent », la figure du terril devient un point d’ancrage pour interroger notre rapport à l’espace et au temps. Ces reliefs artificiels - amas de déchets minéraux, dont le coeur encore chaud accueille une végétation singulière - incarnent une mémoire ambivalente : ils rappellent les fractures socio-économiques, la souffrance des travailleurs et se positionnent comme des marqueurs identitaires du territoire.
Romain Zamet déploie des gestes amples, des mouvements larges pour mettre en exergue ces reliefs observés. Entre effacement et intensité, les ravines dialoguent avec des teintes violines, rougeoyantes de la végétation hivernale, mordues par la vivacité de quelques lignes bleutées. Sa touche, résolument rugueuse, laisse transparaître des lignes chaotiques ponctuées de crêtes et de creux. L’artiste y matérialise toute la charge ambiguë des terrils, à la fois objets d’exploitation et sujets de contemplation.
Par leur présence, ces crassiers deviennent alors des objets géopoétiques : des points de relecture du paysage, qui seraient en capacité de recréer de nouveaux récits. Ils matérialisent les tensions entre la mémoire et l’oubli, des vecteurs de résilience qui façonnent nos identités collectives.
Bien qu’elle demeure un obstacle à cette dynamique de résilience - à la fois sur les plans physique et symbolique - La figure du terril apparaît comme une cicatrice collective, un vestige que l’on tente de sublimer, de raconter. Ces paysages, dont l’équilibre repose sur une interaction constante entre l’humain et son territoire, mettent en lumière un lien évident entre nos modes de vie et l’environnement, à l’instar du travail photographique d’Ursula Schulz-Dornburg. L’intervention humaine se place comme une composante à part entière de ces écosystèmes, en perpétuelle évolution.
Par son approche, Romain Zamet cherche à se saisir de l’incertitude pour raconter les traces déposées dans le réel. Il nous invite, quelques instants, à déambuler sur des sentiers qui naissent d’interactions complexes et ouvre une réflexion sur la résilience sous toutes ses formes - qu’elle soit individuelle, collective ou naturelle.