Né à Paris en 1991 et de nationalité Française. Vit et travaille à Aubervilliers (Région parisienne).

Démarche artistique

Observer une toile de Romain Zamet, c’est affronter un feu. Une matière calorifique couve sous la surface, où les formes apparaissent et se défont dans une succession de changements d’état rapides. Cette instabilité fait écho aux réflexions de Gaston Bachelard dans La Psychanalyse du feu : la peinture devient un espace de transformation où, de ce qui semble disparaître, peut encore surgir autre chose.

Romain Zamet ne cherche pas à figer l’image dans sa disparition, mais à observer ce que l’enlèvement produit de nouveau. Il interroge ainsi ce qui fait mémoire : que reste-t-il, pourquoi tel détail s'imprime-t-il plus qu'un autre, qu’est-ce qui disparaît, et qui en décide ? Ses tableaux prennent pour point de départ des photographies de moments intimes : un lieu, un paysage — souvent forestier —, un objet, une silhouette à peine esquissée. L’image est rapidement posée à l’acrylique, puis recouverte de couches d’huile, superposées et progressivement soustraites. Les lignes d’enlèvement de matière révèlent les strates inférieures et dessinent en parallèle une végétation dense et nerveuse, presque violente dans son envahissement de la toile. Le sujet initial s'y dissout, tandis que le geste qui soustrait la matière fait surgir une nature ambiguë, faisant glisser la figuration vers l’abstraction.

Cette logique réinvestit la tradition de la vanité. Ruines végétales, objets associés à la mort, traces d’une présence passée : certains éléments en reprennent les codes, mais les déplacent vers une peinture de la persistance. Là où la vanité classique affirme la disparition comme une fin, la peinture de Romain Zamet cherche ce qui peut encore apparaître après elle. Cette dynamique se prolonge dans l’accrochage : affranchies de toute hiérarchie de format, certaines œuvres se fragmentent en polyptyques modulables. Les échelles internes y sont déjouées — certains motifs se trouvant disproportionnellement agrandis tandis que d'autres s'amenuisent —, rejouant ainsi la hiérarchie subjective et la distorsion propres au souvenir. Le déplacement des panneaux permet de recomposer l’image, d’en déplacer la perception et de faire émerger de nouveaux récits.

Born in Paris in 1991. Lives and works in Aubervilliers (Paris region).

Artistic approach

To engage with Romain Zamet’s work is to confront a fire. A calorific substance seems to smoulder beneath the surface, where forms emerge and dissolve through a rapid succession of state changes. This instability echoes the reflections of Gaston Bachelard in The Psychoanalysis of Fire: painting becomes a space of transformation in which something new can still arise from that which appears to vanish.

Romain Zamet does not seek to freeze the image within its disappearance, but rather to observe what the act of removal yields afresh. In doing so, he interrogates the nature of memory: what remains, why a specific detail impresses itself more than another, what vanishes, and who decides? His paintings take intimate photographs as their point of departure: a location, a landscape — often woodland —, an object, or a barely sketched silhouette. The initial image is swiftly laid down in acrylic before being covered with layers of oil paint, which are superimposed and progressively subtracted. The lines etched through the medium reveal the lower strata whilst simultaneously drawing a dense, nervous vegetation whose invasion of the canvas borders on the violent. The initial subject dissolves as the subtractive gesture brings forth an ambiguous nature, gradually shifting figuration towards abstraction.

This logic reinvests the tradition of the vanitas. Botanical ruins, objects associated with mortality, traces of past presence: certain elements adopt its codes only to displace them towards a painting of persistence. Where the classical vanitas asserts disappearance as an end, Romain Zamet’s painting seeks what may yet appear in its wake. This dynamic extends to the display: freed from any strict hierarchy of scale, certain works fragment into modular polyptychs. Internal scales are subverted — with specific motifs disproportionately enlarged while others diminish — thereby re-enacting the subjective hierarchy and distortion inherent to memory. Shifting the panels allows the viewer to recompose the image, alter its perception, and bring forth new narratives.

Textes critiques

Texte de Lorry Besana, Mars 2025 - Résidence de l'H du Siège, Valenciennes (59)

« Ce qu’il reste des braises »

La peinture de Romain Zamet se caractérise par une atmosphère d’errance. Les scènes représentées apparaissent comme des "nœuds" - des points de rencontre entre différentes réalités - qui ouvrent des espaces d’interprétation et de résilience.

Par une approche sensible, presque tactile, l’artiste construit des images insaisissables, prêtes à se dérober sous nos yeux. Privées de repères temporels, elles révèlent des paradoxes figés par une palette de couleurs saturée et expressive. Les tonalités de rouge nous retiennent et finissent par s’évanouir, révélant des touches de vermillon, d’orange et d’ocre qui guident la lecture par leurs contrastes dynamiques.

À mesure que les regardeur.se.s se rapprochent, la structure des paysages se dissipe. L’absence systématique des lignes d’horizon dévoile toute l’ambiguïté du geste pictural. De cette manière, l’artiste veille à maintenir une sensation d’entre-deux, dans laquelle différentes strates de perception se croisent entre l’action et la contemplation.

Ces scènes, situées à la lisière du réel, sont traitées comme des souvenirs altérés par le temps. Elles deviennent des champs de projection émotionnelle - où la passion exacerbée des peintres romantiques a pris racine. Certaines pièces, comme Homme noir debout ou encore Le fossoyeur, s’avèrent être de véritables archives vivantes. Elles sont habitées par des restes d’artefacts et quelques présences humaines, dont les corps se confondent avec les chemins qu’ils semblent emprunter.

Une interrogation, inspirée par la pensée de Paul Ricoeur, traverse le travail de l’artiste : De quoi - et pour qui - fait-on mémoire ? Refusant d’y apporter une réponse fixe, Romain Zamet explore les contradictions du souvenir pour inscrire son approche dans une tension non résolue.

Dans la série « (Faites) que les braises tiennent », la figure du terril devient un point d’ancrage pour interroger notre rapport à l’espace et au temps. Ces reliefs artificiels - amas de déchets minéraux, dont le coeur encore chaud accueille une végétation singulière - incarnent une mémoire ambivalente : ils rappellent les fractures socio-économiques, la souffrance des travailleurs et se positionnent comme des marqueurs identitaires du territoire.

Romain Zamet déploie des gestes amples, des mouvements larges pour mettre en exergue ces reliefs observés. Entre effacement et intensité, les ravines dialoguent avec des teintes violines, rougeoyantes de la végétation hivernale, mordues par la vivacité de quelques lignes bleutées. Sa touche, résolument rugueuse, laisse transparaître des lignes chaotiques ponctuées de crêtes et de creux. L’artiste y matérialise toute la charge ambiguë des terrils, à la fois objets d’exploitation et sujets de contemplation.

Par leur présence, ces crassiers deviennent alors des objets géopoétiques : des points de relecture du paysage, qui seraient en capacité de recréer de nouveaux récits. Ils matérialisent les tensions entre la mémoire et l’oubli, des vecteurs de résilience qui façonnent nos identités collectives.

Bien qu’elle demeure un obstacle à cette dynamique de résilience - à la fois sur les plans physique et symbolique - La figure du terril apparaît comme une cicatrice collective, un vestige que l’on tente de sublimer, de raconter. Ces paysages, dont l’équilibre repose sur une interaction constante entre l’humain et son territoire, mettent en lumière un lien évident entre nos modes de vie et l’environnement, à l’instar du travail photographique d’Ursula Schulz-Dornburg. L’intervention humaine se place comme une composante à part entière de ces écosystèmes, en perpétuelle évolution.

Par son approche, Romain Zamet cherche à se saisir de l’incertitude pour raconter les traces déposées dans le réel. Il nous invite, quelques instants, à déambuler sur des sentiers qui naissent d’interactions complexes et ouvre une réflexion sur la résilience sous toutes ses formes - qu’elle soit individuelle, collective ou naturelle.