Né à Paris en 1991 et de nationalité Française. Vit et travaille à Aubervilliers (Région parisienne).

Démarche artistique

Dans sa pratique picturale, Romain Zamet s'intéresse aux paradoxes et aux tensions sociétales de son époque. Dans des tons majoritairement rouges, son travail interroge des sujets ambivalents - collectifs comme intimes - traversés par une forme nuancée de violence et de dominance sourde. Ce chromatisme lui permet de définir une communication analogique de l'entre-deux et du changement rapide, indissociables d'une permanence de cycles soudains - mutations et ruptures - qui définissent notre temps.

L'artiste opère un changement de focale constant, composant des univers d’artifices à la frontière de la dystopie, à partir d'une archive visuelle et mémorielle plurielle. Son panel de sources couvre les médias sociaux, les œuvres classiques, les photos personnelles et les images générées par intelligence artificielle. Ses traitements picturaux - allant de l'abstraction à la figuration - deviennent des médiums en soi. Hétérogènes, ses choix sériels traduisent dans leur emprunt au réalisme, au romantisme et à l'expressionnisme un langage de continuité mais aussi de transformation. L'ensemble définissant, entre un passé idéalisé et un avenir incertain, un passage vers une forme de résilience.

En plaçant la fiction aux côtés du réel, Romain Zamet explore les liens entre les différentes échelles de l'existence contemporaine. À la lisière des clichés sur lesquels il joue, ses séries se concentrent sur des points de bascule sociétaux et existentiels : de l'image de l’exil et des ruines archaïques face au monde naturel en perdition, à l'exploration subversive de la masculinité toxique et de l'artificialité des archétypes. Par son vocabulaire plastique, l'artiste définit la période complexe, multiple, mais fondamentalement commune que nous traversons.

Born in Paris in 1991, French. Lives and works in Aubervilliers (Paris region).

Artistic approach

In his pictorial practice, Romain Zamet is interested in the paradoxes and societal tensions of his time. Using predominantly red tones, his work explores ambivalent subjects – both collective and intimate – permeated by a nuanced form of violence and silent dominance. This colour scheme allows him to define an analogical communication of the in-between and rapid change, inseparable from the permanence of sudden cycles – mutations and ruptures – that define our time.

The artist constantly shifts focus, composing artificial worlds on the borderline of dystopia, drawing on a plural visual and memory archive. His range of sources covers social media, classical works, personal photos and images generated by artificial intelligence. His pictorial treatments - ranging from abstraction to figuration - become mediums in themselves. Heterogeneous, his serial choices translate into a language of continuity but also of transformation, borrowing from realism, romanticism and expressionism. The whole defines, between an idealised past and an uncertain future, a passage towards a form of resilience.

By placing fiction alongside reality, Romain Zamet explores the links between the different scales of contemporary existence. On the edge of the clichés he plays with, his series focus on societal and existential turning points: from the image of exile and archaic ruins in the face of a natural world in decline, to the subversive exploration of toxic masculinity and the artificiality of archetypes. Through his visual vocabulary, the artist defines the complex, multifaceted, but fundamentally common period we are going through.

Textes critiques

Texte de Lorry Besana, Mars 2025 - Résidence de l'H du Siège, Valenciennes (59)

« Ce qu’il reste des braises »

La peinture de Romain Zamet se caractérise par une atmosphère d’errance. Les scènes représentées apparaissent comme des "nœuds" - des points de rencontre entre différentes réalités - qui ouvrent des espaces d’interprétation et de résilience.

Par une approche sensible, presque tactile, l’artiste construit des images insaisissables, prêtes à se dérober sous nos yeux. Privées de repères temporels, elles révèlent des paradoxes figés par une palette de couleurs saturée et expressive. Les tonalités de rouge nous retiennent et finissent par s’évanouir, révélant des touches de vermillon, d’orange et d’ocre qui guident la lecture par leurs contrastes dynamiques.

À mesure que les regardeur.se.s se rapprochent, la structure des paysages se dissipe. L’absence systématique des lignes d’horizon dévoile toute l’ambiguïté du geste pictural. De cette manière, l’artiste veille à maintenir une sensation d’entre-deux, dans laquelle différentes strates de perception se croisent entre l’action et la contemplation.

Ces scènes, situées à la lisière du réel, sont traitées comme des souvenirs altérés par le temps. Elles deviennent des champs de projection émotionnelle - où la passion exacerbée des peintres romantiques a pris racine. Certaines pièces, comme Homme noir debout ou encore Le fossoyeur, s’avèrent être de véritables archives vivantes. Elles sont habitées par des restes d’artefacts et quelques présences humaines, dont les corps se confondent avec les chemins qu’ils semblent emprunter.

Une interrogation, inspirée par la pensée de Paul Ricoeur, traverse le travail de l’artiste : De quoi - et pour qui - fait-on mémoire ? Refusant d’y apporter une réponse fixe, Romain Zamet explore les contradictions du souvenir pour inscrire son approche dans une tension non résolue.

Dans la série « (Faites) que les braises tiennent », la figure du terril devient un point d’ancrage pour interroger notre rapport à l’espace et au temps. Ces reliefs artificiels - amas de déchets minéraux, dont le coeur encore chaud accueille une végétation singulière - incarnent une mémoire ambivalente : ils rappellent les fractures socio-économiques, la souffrance des travailleurs et se positionnent comme des marqueurs identitaires du territoire.

Romain Zamet déploie des gestes amples, des mouvements larges pour mettre en exergue ces reliefs observés. Entre effacement et intensité, les ravines dialoguent avec des teintes violines, rougeoyantes de la végétation hivernale, mordues par la vivacité de quelques lignes bleutées. Sa touche, résolument rugueuse, laisse transparaître des lignes chaotiques ponctuées de crêtes et de creux. L’artiste y matérialise toute la charge ambiguë des terrils, à la fois objets d’exploitation et sujets de contemplation.

Par leur présence, ces crassiers deviennent alors des objets géopoétiques : des points de relecture du paysage, qui seraient en capacité de recréer de nouveaux récits. Ils matérialisent les tensions entre la mémoire et l’oubli, des vecteurs de résilience qui façonnent nos identités collectives.

Bien qu’elle demeure un obstacle à cette dynamique de résilience - à la fois sur les plans physique et symbolique - La figure du terril apparaît comme une cicatrice collective, un vestige que l’on tente de sublimer, de raconter. Ces paysages, dont l’équilibre repose sur une interaction constante entre l’humain et son territoire, mettent en lumière un lien évident entre nos modes de vie et l’environnement, à l’instar du travail photographique d’Ursula Schulz-Dornburg. L’intervention humaine se place comme une composante à part entière de ces écosystèmes, en perpétuelle évolution.

Par son approche, Romain Zamet cherche à se saisir de l’incertitude pour raconter les traces déposées dans le réel. Il nous invite, quelques instants, à déambuler sur des sentiers qui naissent d’interactions complexes et ouvre une réflexion sur la résilience sous toutes ses formes - qu’elle soit individuelle, collective ou naturelle.